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Manou Massenez, l’ambassadrice des eaux-de-vie d’Alsace

anou Massenez-Heitzmann, dans les salons d’honneur de la CCI de Strasbourg. Elle vient d’être réélue à la Chambre régionale de Commerce et d’industrie.

Manou Massenez-Heitzmann, dans les salons d’honneur de la CCI de Strasbourg. Elle vient d’être réélue à la Chambre régionale de Commerce et d’industrie. Photo Jean-Marc Loos

Présidente de l’Association régionale des industries alimentaires, Manou Massenez-Heitzmann, qui a ses attaches dans le val de Villé, n’oublie jamais de défendre les eaux-de-vie d’Alsace.

« Simply Massenez ! » Comment vit-on avec un nom qui est une marque et même un slogan ? « Mon nom ne m’a jamais gênée. Il m’a ouvert des portes, surtout à l’étranger. Mais comme j‘étais à l’époque la seule femme dans les spiritueux, il m’a fallu me montrer plus professionnelle qu’un homme », se souvient Manou Massenez-Heitzmann, directrice commerciale et de l’export de la Distillerie Massenez qui fut pendant quatre générations une entreprise familiale. Au fil des ans, la jeune femme s’est fait connaître par son prénom, ou plutôt par celui qu’elle s’était attribué, tout enfant. « Si bien que tout le monde m’a appelée Manou. Pour la Légion d’honneur, l’administration avait mis : dite Manou. Cela devenant trop compliqué, j’ai changé officiellement de prénom. » Le juge avait rarement vu un dossier aussi étoffé, à l’appui d’une demande de modification d’état-civil, avec des papiers parus à l’étranger…

Depuis presque trente ans, Manou Heitzmann-Massenez parcourt le monde pour vendre des eaux-de-vie. Son père, Gabriel, âgé aujourd’hui de 86 ans, avait compris dès les années soixante qu’il y avait là un créneau pour ce qui était considéré comme un produit de luxe. « Il disait que nous étions une petite entreprise d’envergure mondiale… » Encore adolescente, elle l’accompagne dans ses déplacements pendant les vacances scolaires, lui servant d’interprète pour l’anglais.

Très tôt aussi, elle travaille, l’été, dans le magasin familial de Kaysersberg. Pourtant, ses études (marketing-communication et langues étrangères appliquées) terminées, elle opte pour un poste de commerciale, loin du giron familial. Quand elle revient, à l’âge de 26 ans, pour s’intégrer dans la distillerie, Gabriel Massenez refuse de la rémunérer pendant un an : « Fais tes preuves d’abord ! » Pourtant, il a toujours été fier de sa fille, d’autant qu’elle était — et reste — « une jolie femme », à l’élégance discrète.

En charge de l’export, elle passera 60 % de son temps à voyager… épaulée par son mari, Laurent Heitzmann, expert-comptable, qui a assez d’humour pour ne pas prendre ombrage de la notoriété de son épouse — mais ne l’appelez pas « Monsieur Massenez » ! — sans l’appui duquel elle n’aurait « jamais pu se donner à fond ». Ce qui nécessitait une solide organisation, avec sa mère qui venait à Strasbourg pour s’occuper de Jean-Benoist et de Lucile, lorsqu’elle partait. Ses enfants restent « la principale source de fierté » de cette femme pugnace qui a su se faire une place au sein du monde économique alsacien.

« J’adorais la communication, le contact ! Pour nous, tous les grands chefs du monde étaient nos ambassadeurs. D’ailleurs je me suis toujours considérée comme l’ambassadrice des eaux-de-vie d’Alsace. Mais, dans ce monde d’hommes, j’ai travaillé de façon différente qu’eux… » Elle propose de donner des cours dans les écoles hôtelières du monde entier, jusqu’au Japon, « un pays d’esthètes », et aux États-Unis, et fait du lobbying pour obtenir que les eaux-de-vie de fruits fassent partie des concours du meilleur sommelier. « Il n’y a rien de plus difficile à reconnaître qu’un fruit… » Pourtant, au fil des années, sa tâche devient moins aisée. Elle s’insurge : « Quand on fait des eaux-de-vie l’ennemi numéro un, cela me révolte. On ne s’enivre pas au digestif ! » Citant l’exemple de ses enfants qui ont « appris à déguster un bon vin ou saisir l’arôme d’une eau-de-vie », elle assure que « tout passe par l’éducation, pas par l’interdiction… »

Manou la sportive, qui aime courir, lorsqu’elle est chez elle, avec son « coton de Tuléar », une vraie boule de poil, ou skier l’hiver en famille, est la première à prêcher la modération. Elle déplore même l’habitude prise par les restaurateurs de servir les alcools blancs d’Alsace dans des grands verres comme les armagnacs ou les cognacs. Aujourd’hui, les chariots de digestifs ont souvent disparu. « Revenons à la tradition. Chez mes grands-parents, on servait l’eau-de-vie dans des petits verres. Juste un centilitre pour digérer. Et jamais Monsieur le curé, quand il venait, ne refusait une goutte… »

Au-delà de la défense du terroir, explique-t-elle, c’est l’avenir d’un secteur économique qui est en cause. Et qui se joue d’abord dans la région. « Si on ne sert plus nos produits en Alsace, si nous n’avons plus de vitrine, comment allons-nous vendre nos eaux-de-vie aux étrangers ? » plaide la conseillère du Commerce extérieure et élue de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, satisfaite qu’on trouve ses produits dans les avions des grandes compagnies aériennes. Elle rend hommage « au président Jean-Louis Hoerlé qui fait toujours servir des eaux-de-vie, à la fin des dîners officiels de la CCI, et à Jean-Marie Bockel, qui les proposait à Paris, lorsqu’il était ministre ».

La vente, début janvier, de la société familiale de Dieffenbach-au-Val aux Distilleries Peureux de Fougerolles, n’a pas entamé sa combativité. « À 55 ans, je devais me préoccuper de l’avenir de l’entreprise. Ni mes enfants, ni ceux de mon frère ne souhaitaient la reprendre », explique-t-elle, en se félicitant de « l’arrivée d’un jeune président, Bernard Braud, qui a la volonté d’aller de l’avant et d’innover… »

Son frère, Dominique, parti il y a vingt ans au Chili pour y développer un vignoble de 350 hectares, l’a revendu récemment pour ne garder « que » 60 hectares de vignes et lancer un nouveau vin. « Il était amusant de le voir avec ses échantillons à Vinexpo », observe sa petite sœur, en vantant les qualités de ce « vin superbe », le « Donum », produit par l’Alsacien du Chili. Manou a déjà convaincu plusieurs grands chefs de la région de le mettre sur leur carte.

Yolande Baldeweck – L’Alsace – 22 août 2011

L’essentiel

Présidente de l’Aria (Association régionale des industries alimentaires), Manou Massenez-Heitzmann se fait, dans toutes les instances où elle siège, l’infatigable avocate de ce secteur. « C’est le deuxième secteur industriel en Alsace, avec 16 000 salariés », rappelle-t-elle, en soulignant que son objectif est de développer « l’innovation et l’export ». « Qu’on ne me dise pas qu’une PME ne peut pas exporter. Il faut prendre ses échantillons, une documentation en anglais et y aller », assure-t-elle, en regrettant que « les Alsaciens n’aient pas toujours l’esprit de groupe ». Si elle soutient la démarche de « Marque Alsace » de la Région, elle rêve d’une vitrine, à Strasbourg, où l’on trouverait tous les produits alimentaires alsaciens. À l’image de ce que font les Italiens !

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